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Spéléo Club de la Vallée de Joux
Compte rendu de la campagne de dépollution du Jura Vaudois 2004

Mise en place de la campagne

Ces vingt dernières années, plusieurs dépollutions interclubs ont permis le nettoyage de nombreuses cavités. Les informations concernant les sites souillés se sont peu à peu rassemblées et des inventaires des sites souterrains pollués ont pu être établis. Cependant face à l’ampleur du travail, une constatation évidente s’imposait: à raison de 2-3 dépollutions bénévoles par année (ce qui correspond à la fréquence de dépollution qui a pu être observée au cours de ces dix dernières années) et en admettant que ce rythme reste régulier, il faudrait 50 à 75 ans pour assainir les 150 sites répertoriés!

Dans le but d’accélérer cette tâche, deux civilistes romands ont consacré 4 mois de leur temps d’affectation à l’assainissement de cavités. La collaboration entre le Service civil suisse qui soutient des projets touchant à la sauvegarde de l’environnement et l’Institut Suisse de Spéléologie et de Karstologie (ISSKA) a permis l’assainissement d’une trentaine de grottes et gouffres dans le Jura Vaudois. Une partie du financement et du soutient logistique de ce projet a pu être assuré par les communes concernées. Le Fond suisse pour le paysage et le Service de forêts, de la faune et de la nature contribuèrent également à cette campagne. C’est ainsi que de juillet à novembre 2004, deux spéléo–civilistes ont sillonnés le Jura Vaudois partie ouest en quête de déchets dans le but de redonner à des sites du karst jurassien leur aspect originel.

Origines des pollutions

Le problème des pollutions des cavités jurassiennes ne date pas d’hier ! En effet, la majorité des déchets date des années 1900 à 1980. Nous avons constaté que là où il y a un chalet d’alpage, la probabilité de trouver une pollution est pour ainsi dire certaine. Durant cette période, si une cavité permettait d’y évacuer des détritus, elle était condamnée à être souillée. Dans le cas contraire, alors une doline ou un lapiaz la remplaçait. Cette pratique présentait deux avantages : cela évitait de redescendre des ordures dans la plaine, à une époque où les moyens de communication étaient restreints. De plus, jeter des ordures dans un gouffre permettait de le combler, le bétail ne risquait ainsi plus de tomber dans ces trous béants. L’écologie en était à ses balbutiements et contrairement à aujourd’hui, les gens n’étaient que peu conscients du lien entre les baumes du massif jurassien et les sources jaillissant à son pied. En effet, de nos jours, bon nombre d’études d’hydrogéologie ont démontré que les eaux de pluie ou les eaux de la fonte des neiges ressortent directement aux sources sans avoir subi de filtrage par la roche.

Mais à l’époque, les habitants des alpages n’envisageaient pas les répercussions sanitaires de leurs actions. Néanmoins, nous avons constaté que bon nombre de sites ont été volontairement camouflés, soit par des pierres, soit par de la terre. Certaine personne ne devaient tout de même pas avoir très bonne conscience… Il s’en est suivi une certaine période de transition durant laquelle le caractère répréhensible de cette habitude du « tout au gouffre » était devenu connu de tout un chacun mais les pollueurs préféraient l’ignorer par commodité. Les changements de mentalités demandent du temps, une génération sans doute. Chercher des responsables et les critiquer n’amène à rien. Pire, cela risque aujourd’hui de pousser certains à camoufler leurs « erreurs » et ils ne collaboreraient pas à retrouver d’autres sites connus d’eux seuls. Au contraire, en adoptant un point de vue conciliant, nous avons plus d’une fois bénéficié de leur aide !

De nos jours, les locataires des différents chalets ainsi que les habitants des communes de l’Arc jurassien suisse sont, pour la plupart, tout à fait conscient de l’impact que peuvent avoir de telles pollutions sur la qualité des eaux souterraines. Il faut maintenant espérer que les personnes qui fréquentent les forêts et pâturages jurassiens leurs promenades, marches et autres activités de loisir sauront également faire l’effort de remporter avec eux tous leur déchets.

Matériel et techniques utilisés

La majorité des cas ont pu être traités avec un matériel léger, soit:

•          des sacs de jute pour remonter les déchets

•          des « big-bag » (sac à engrais) pour l’évacuation des déchets

•          des cordes et sangles

•          des bâches pour le tri

•          des outils tels que : pelles, pioches, merlin/masse pour réduire des pièces métalliques, pince coupante pour les fils de fer barbelés.

•          un petit tir-fort à corde pour les objets lourds, mais aussi pour dégager des tôles, des barbelés, etc… pris dans les racines et la terre)

•          une remorque de un mètre cube et demi.

Certains cas ont nécessité du matériel plus spécifique:

•          Meuleuse pour réduire des bassines, barres à neige…

•          treuil lorsqu’il y avait beaucoup de poids (un toit d’éternit)

•          remorque militaire de quatre mètres cubes

•          poulie-chèvre/ trépied

Le savoir et la technique utilisés en spéléologie furent indispensables pour mener à bien ces dépollutions. Le monde souterrain correspond à un milieu particulier et fragile, pouvant s’avérer également particulièrement dangereux. C’est pourquoi seuls des spéléologues étaient à même de réaliser ce travail dans les meilleures conditions de sécurité possibles. Des techniques de cordes particulières furent utilisées afin de sortir les déchets des différentes cavités. Des moyens tels que la pose de palans ou d’une tyrolienne permettant à un véhicule tout terrain de tracter les sacs vers la surface se sont avérés d’une grande efficacité.

Panoplie typique d’un trou pollué

Une partie des déchets est souvent à moitié brulée, tandis qu’une autre sera à moitié décomposée et finalement, une dernière pratiquement intact. Sans doute une partie sera camouflée par quelques pierres. Et peut-être en dessous suivra le charnier. Cela vaut la peine de regarder s’il manque quelques uns des éléments qui suivent, car il y a bien des chances qu’il se trouve quelque part… peut-être à proximité de la baume. Ainsi, la plupart des cavités dépolluées étaient souillée par des déchets des types suivants :

Fourneaux, abreuvoir à vaches, fût et bidons, matériel de construction, matériel pour l’agriculture, pelle, barbelés du pâturage voisin, tôles ondulées, chenaux, barres à neige, vélo.

Déchets ménager   : sacs et bouteilles plastiques, conserves, maggi, tubes indéfinissables, brosse à dents, shampoing, beaucoup de bouteilles de vin et de bières et éventuellement quelques cannettes, des piles, quelques paires de chaussures (à clou et féminine), quelques habits, un encrier.

Matériaux de construction, déchets inertes: éternit, briques, poutres de charpentes.

Déchets spéciaux: piles, batteries, sacs d’engrais,  flacons vétérinaires, obus et fragments d’obus militaire.

Sur 23 sites dépollués : 22 étaient souillés de verre, 12 étaient pollués d’ordures ménagères, 8 contenaient au minimum 1 fourneau (max. 3), 5 ont servit de charnier, 4 contenaient des déchets vétérinaires, 2 ont accueilli 1 toit de chalet d’alpage.

Evolution des déchets et difficultés d’évacuation

Le plastique (sacs, bouteilles) ne se décompose pas mais devient friable et se répartit dans la terre et les blocs (nettoyage impossible). Il en reste donc dans presque tous les sites touchés par ce type de pollution. Le fer s’oxyde et se décompose totalement, mais dans un premier temps, il se répartit dans la terre et les blocs (nettoyage impossible sans évacuation complète du mélange terre déchets). Il en reste donc dans presque tous les sites touchés par ce type de déchets, mais il  finira par disparaître. L’aluminium ne se décompose pas et reste entier. Le verre ne se décompose pas mais se brise de façon à devenir difficilement extricable et dangereux pour le ramassage. Il en reste donc dans presque tous les sites touchés par ce type de déchets. L’Eternit qui servait pour la construction de toit, ne se décompose pas mais devient cassante et s’effrite. Le cuir (chaussures, ceinture) se décompose pour devenir terre, mais lentement. Les piles se décomposent partiellement laissant lentement le mercure (pour les anciennes) se disperser dans les eaux souterraines. Il n’en reste parfois que la tige centrale.

Souvent ces déchets sont, notamment dans les dolines qui reçoivent de la lumière du jour, recouverts de terre végétale où pousse des mousses, arbustes et autres types de végétation. Leurs racines percent les sacs à ordures ménagères, et affaiblissent les objets métalliques, augmentant de ce fait le phénomène de dispersion des différentes matières polluantes. Il faut également noter que la végétation peut parfois entièrement recouvrir les détritus et de ce fait les camoufler. La plupart des déchets n’étant pas vraiment récents (1950-1980), ils ne représentent plus de réel danger pour les eaux souterraines.  Mais ceci était totalement différent il y a quelques dizaine d’années. De nos jours seuls les piles, et autres produits toxiques liquide représente un réel danger. Ceci va sans compter les éventuelles nouvelles pollutions.

La redécouverte d’un patrimoine souterrain

Une grande motivation fut le moteur principal à la réalisation de ce projet. Ainsi il va sans dire que les premières dépollutions s’effectuèrent dans la bonne humeur et la réjouissance de laisser des sites propres derrière soi. Mais certaines cavités très pollués, possédant des ordures ménagères odorantes, nettoyés parfois sous la pluie ont quelques peu entamés les sourires des premiers jours. Les failles étroites et profondes des lapiazs proches de certains chalets d’alpage, où chaque déchet demande sa dose de sueur et de contorsions, ont su également mettre notre enthousiasme à rude épreuve! Mais une fois le travail accompli, la lassitude peut laisser la place à la satisfaction d’avoir assaini un site souterrain de plus. Les lieux sont redécouverts et chaque centimètre de roche dévoilé anime une satisfaction rassasiée que lorsqu’il n’y a plus une trace de pollution dans le gouffre et que l’eau fait reluire des parois trop longtemps souillées.

S’accrocher à deux mètres gagnés au fond d’un puits, l’agrandissement d’une salle initialement obstruée par une multitude de ferrailles et déchets encombrants, la réapparition d’une trémie de caillasse propre, l’agrandissement d’une salle, la réapparition d’une trémie propre, autant de points qui nous ont permis de garder le moral au milieu des détritus et de nettoyer plusieurs dizaines de grottes et gouffres, pendant les quatre mois de notre affectation.

SCVJ 2004

Pour plus d’infos :

Revue de la Société suisse de spéléologie, Stalatcite numéro

Spéléo club de la vallée de Joux : patrickdurrer@scvj.ch

Commission patrimoine de la

Société suisse de spéléologie : http://www.speleo.ch/commissions/protection/index_fr.php

Institut suisse de spéléologie et de karstologie : http://www.isska.ch/

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