Le bon accueil des belges


La spéléologie, ce sont aussi des rencontres et des amitiés qui se construisent et se transmettent au fil des générations. C’est ainsi qu’est né ce petit camp en Belgique à l’Ascension 2026. Certains anciens du SCVJ partagent, depuis longtemps, des échanges et explorations avec des amis belges, membres du SCAN (Spéléo-Club Alpin de Namur), entre autres. Aujourd’hui, ces échanges se poursuivent, et font profiter plusieurs générations de spéléos. Et si ce sont souvent les belges qui viennent dans nos contrées karstiques, cette fois, à nous de rencontrer leurs souterrains !

Dans la région de Namur, des spéléos belges nous ont ainsi accueillis chaleureusement lors de l’Ascension. Entre découverte spéléo et découvertes gustatives, tous les plaisirs étaient au rendez-vous ! Les discussions fût riches et plein d’élan de motivation pour créer d’autres moments de rencontres et pourquoi pas des explorations ensemble.

Ci-dessous, les récits des sorties chaleureusement organisées par les belges.

Merci encore à Albert (SCVJ) de nous faire profiter de tes bonnes amitiés. Un merci tout particulier à Thierry, Jean-Paul, Etienne et Yves pour les visites et l’organisation ! Et merci aux autres membres que l’on a rencontrés autour d’un repas, d’une bière, d’une frite ou d’une grotte !

(Oriane)

Trou Nou Maulin, Rochefort – BE

  • Jeudi 14 mai 2026
  • La belle équipe : Dani, Jules, Martin, Oriane, Elme, Myriam Sur le sentier en surface : Daniel, Roman
  • Auteure : Myriam
  • Visite, TPST env. 2h30

Arrivés au camping du Roptai, toute l’équipe est au complet. Pour notre première sortie, nous avons choisi : la grotte Nou Maulin.

Après une première nuit au calme et un bon déjeuner partagé sous un ciel prometteur, nous quittons le parking à la recherche de la trappe de l’entrée supérieure de la grotte donnant accès au réseau.

Grande salle – M. Alvarado

Dani part en tête. Nous la suivons et nous nous engageons dans la faille descendante et étroite qui plonge progressivement dans les entrailles de la grotte. La descente est belle, minérale et silencieuse. Après un petit ramping nous arrivons dans le haut de la Grande salle. Dani équipe comme une cheffe le puits qui nous amène par une zone ébouleuse, la partie inférieure du « Gruyère », jusqu’au départ de la galerie du « Métro ». Une galerie qui porte parfaitement son nom. Le conduit ressemble à un immense tube taillé dans la roche, régulier et presque irréel. Nous progressons dans cette galerie fascinante par une succession d’élargissement et de passages bas jusqu’au siphon. L’eau stagnante n’est pas attirant. Nous nous enfilons dans un passage en « U » : le Bénitier.

Dans le métro – M. Alvarado

Le Bénitier étant complètement sec, nous pouvons donc envisager la traversée qui relie l’entrée supérieure à la sortie principale du réseau. Nous poursuivons alors en passant par la salle du Bivouac, puis par le Roulement à Billes. Une étroiture au sol garni de galets érodés, dont le passage mène progressivement vers la sortie. Le porche d’entrée inférieur s’ouvre finalement sur un magnifique ciel ensoleillé qui contraste brutalement avec l’obscurité souterraine.

Elme et Dani et moi repartons ensuite récupérer la corde laissée dans le puits. Elme déséquipe avec une rapidité remarquable. Nous nous glissons à nouveau dans la faille pour la remontée.

Une très belle découverte pour cette première sortie, entre progression technique, passages spectaculaires et ambiance souterraine.

Grotte de Han, réseau Sud – Rochefort, BE

  • Vendredi 15 mai
  • Le suisses : Dani, Daniel, Jules, Martin, Myriam, Oriane, Roman, Elme. Les belges : Etienne, Jean-Paul, Thierry, Yves
  • Auteure : Elme
  • TPST : 3h15 environ

Nous retrouvons Etienne, Jean-Paul et Thierry, spéléos belges et amis d’Albert sur le coup des 9h en périphérie d’Han-sur-Lesse. Objectif : le réseau sud des grottes éponymes, dont l’entrée est la même que celle de la grotte touristique. Il y a du monde en ville pour un rassemblement de montgolfières… On se faufile entre les stand en construction, et retrouvons Yves Quinif, karstologue de renom, professeur émerite de l’université de Mons et spéléo ayant participé aux explorations de la grotte. Une intro spéléo-géologique, et le maître en sa demeure nous fait entrer dans la grotte juste avant son ouverture aux touristes.

Grotte de Han – O. Albanèse

Nous remontons la Lesse sur le sentier touristique puis traversons la rivière en cannot 2 par 2. Après la traversée d’un tunnel artificiel de plusieurs dizaines de mètres, nous accédons à la Grille, véritable mâchoire stalagmitique et porte d’entrée du réseau sud. Nous marchons, puis rampons le long d’un sentier balisé juché de draperies et de belles concretions, dont des excentriques remarquables.

Le ramping reprend, puis passage d’un toboggan, et nous atteignons la Salle des Sinanthropes. Nous foulons des accumulations d’argiles et de limons étonnamment vierge de traces: l’œuvre des vers de terre. Surprenant !

Grotte de Han – O. Albanèse

Les égouts – Grotte de Han – O. Albanèse

Nous retrouvons par endroits des bras de Lesse et des siphons. Des strates riches en fossiles (dont des stromatopres, des coraux, des brachiopodes marqueurs du Dévonien) ravissent les fous du calcaires, tout comme les explications d’Yves sur les fantômes de roche, processus de dissolution sélective de la matrice micritique de certains faciès, initiant la karatification.

Quelques mains courantes nous mènent aux Egouts, où nous faisons demi-tour. Nous n’arriverons pas jusquà la salle de la Pentecôte, puisque c’est l’Ascension! Une petite boucle dans la salle des Sinanthrope nous ramène sur nos pas.
Nous sortons par la galerie d’entrée des touristes. Cette fois la grotte leur est ouverte. Dans notre accoutrement cavernicoles, nous faisons (presque) l’effet d’une attraction programmée.

Pour chlore cette belle sortie, nos trois amis belges nous régalent d’un apéro improvisé sur le place de l’église: charcuterie, fromage maison, chimay et goodies de trappistes. On se retrouve contents et coiffés d’un bob-décapsuleur au nom la brasserie. Inoubliable !

Grotte de Goyet – Gevses, BE

  • Le samedi 16 mai 2026
  • Oriane, Jules, Elme, Daniel, Roman, Dani, Martin, Myriam + des belges du club de Namur
  • Auteur : Martin
  • TPST environ 4-5h

Objectif : Invitation par les spéléologues belges pour visiter ce petit réseau historique rarement accessible.

Les grottes de Goyet se situent à proximité du ruisseau Struviaux, proche du village de Goyet dans la province de Namur en Belgique. Le site est un lieu d’archéologie majeur, ayant livré des traces et des fossiles datant du Paléolithique (Néandertal) jusqu’au début de l’âge du Bronze. Notamment, une sépulture renfermant un enfant de 12 ans datant d’il y a 4600 ans fut découverte lors de fouilles en 1999 ; et un crâne de chien domestiqué daté de 33 000 ans est l’un des plus anciens jamais découverts.
Le réseau de Goyet comporte deux réseaux séparés, l’un accessible aux touristes sous forme de visite guidée, et l’autre fermé à clé et rarement ouvert, même pour les spéléologues, dans le but de préserver la cavité. C’est dans ce deuxième réseau que la sépulture mentionnée ci-dessus fut trouvée. Le SCVJ a eu le privilège de pouvoir visiter cette cavité en compagnie des membres du club spéléo Belge.


Après nous être équipés sur le parking et avoir été briefés par Jean-Paul sur l’histoire de ce réseau, nous nous mettons en marche vers l’entrée. Le chemin longe un pan de falaise dans lequel s’ouvrent les entrées et sorties du réseau touristique, autrefois habité par nos ancêtres préhistoriques. Nous atteignons le porche et pénétrons dans la grotte, notant au passage les traces dans le sol des nombreuses fouilles archéologiques passées. C’est par une fissure vers l’entrée que le réseau se développe, juste après une petite trappe cadenassée.

Grotte Goyet – M. Viala

Dès la trappe passée, nous réalisons que cette visite va être serrée, du moins en partie. La grotte consiste en des salles plus ou moins larges connectées par des passages étroits, voire très, très étroits par endroits. Nous avançons à quatre pattes en faisant très attention à ne pas salir ni briser les nombreuses concrétions qui décorent cette grotte. Ça passe même au centimètre par endroits ; cette grotte apprend au spéléologue le respect, l’observation et la précaution.

Après avoir fait le tour de la Salle Cristal ainsi que d’autres salles annexes à l’une des extrémités du réseau, nous rebroussons chemin et empruntons un boyau serré et tortueux vers la salle de l’Enfant renfermant la sépulture. Le squelette a été prélevé depuis longtemps, mais Jean-Paul avait sur lui des photos historiques de la fouille ayant eu lieu à l’époque afin de nous donner du contexte.

Salle de l’Enfant – Grotte Goyet – O. Albanèse
Photo – M. Viala


La visite continue en rampant à travers d’autres passages étroits dont le plafond est parsemé de courtes fistuleuses telles des piques pointues que nous évitons de frôler. Ce passage débouche enfin dans la grande salle de l’Atlantide, longue de 70 m, parsemée de concrétions aux formes variées et qui monte en pente en direction de la surface sans toutefois déboucher sur l’extérieur. La visite étant à ce point terminée, nous rebroussons chemin à travers la série de boyaux étroits jusqu’à la sortie.


Pour conclure, bien que petit, ce réseau possède une géométrie étonnante et quelques passages remarquables sur les plans physique et esthétique. La faible fréquentation de la grotte et son balisage ont permis la conservation de la majorité des concrétions et fistuleuses, même à proximité des points de passage. Des trois visites que nous avons effectuées pendant ce camp spéléo, la grotte de Goyet m’aura le plus marqué en raison de son histoire et de sa forme singulière.