- Date de la sortie : 27 et 29.07.2026
- Cavité : Gouffre Berger (Vercors, France)
- Participants : équipe 1 (-600m) : Myriam, Miguel ; équipe 2 (-1100m) : Lucien, Benjamin, Oriane ; équipe 3 (-1100m) : Denis, Stéphane, Alf, Rafi ; équipe 4 (-900m) : Manuela, Xavier (SSG) ; équipe 5 (-700m) : Jules, Fredo M.
- But de la sortie : Visite du Géant Berger, en équipes différées
- Auteure de l’article : Oriane – équipe 3
Dans ce profond géant
5h, nous trois partageons le café au camp. On a sauté du lit un peu avant notre réveil, sans doute tirés des draps par l’impatience et la réjouissance. Il y a trois ans, la même équipe, mais pas de descente au fond, pour cause de crue. Cette fois, on le sent, c’est la bonne. On quitte la surface à l’aube (vers 6h), lampe frontale vissée au front, sacs chargés, le pas impatient. À trois, nous filons sur les cordes installées, arpentons les éboulis. À –640 m, nous rejoignons l’eau. L’ambiance change. Elle gronde, nous enveloppe, nous saisit. On la suit, dans un duo risqué : la suivre sans tomber. Elle nous impressionne. Les cascades nous giflent de leurs embruns, le vent souterrain nous pousse et nous active. Hier, c’était la crue, aujourd’hui, mes sens sont en alerte, oscillant entre extase et appréhension.

Après près de quatre heures de concentration et de découverte, nous atteignons –1100 m. Une pensée pour les découvreurs, une autre pour les plongeurs qui ont osé explorer ces siphons engagés. Puis, vient le moment de remonter. Sur le trajet, on croise les autres équipes, dont nos copains Denis, Stéphane, Alf et Rafi. Ils semblent concentrés, il leur reste un peu de dénivelé ; sur la remontée, on est plus détendus. On se checke, et je me dis “ça y est on l’a fait, ça y est, ils y vont. Le courage, la force, l’entraînement, c’est bon, ça marche !”. J’ai hâte qu’ils rencontrent l’Ouragan saisissant, ce dragon aquatique du fond des entrailles. On en parlera demain, dehors ; on les laisse poursuivre.
On fait une pause à –500 m, il est environ 14h. Le repas chaud réchauffe nos corps et nous relance. On reprend l’ascension. Grand éboulis, puits, méandres, puits. On est rejoints par Fred et Jules. Ils me donnent le petit coup d’énergie qui manquait légèrement à mon corps qui marchait presque automatiquement. On remonte. Et soudain, dans le dernier puits, le jour apparaît. Ça y est, on a fait le tour de l’horloge. Après 12h sous terre, nous revoilà les pieds sur terre.
On largue les bottes et la terre, et l’on s’engage sur le sentier forestier. Le vert de la forêt et les couleurs nous agressent presque — nos yeux s’étaient faits à l’obscurité. Nos oreilles se délestent peu à peu du grondement de l’eau. Le corps est fatigué. L’expédition, enivrante. Mon corps se relâche, mais un petit bout reste en pensée avec les autres : quand ressortiront-ils ? comment se passe leur ascension ? J’ai hâte de les revoir. Demain.






























